DEMARCHE ARTISTIQUE GLOBALE
 



...Tant que l’homme ne trouvera de réponse aux questions fondamentales telles que : « Que sommes-nous ? d’où venons-nous ? Où allons-nous ?, » Il y aura des artistes …..


Né le 21 août 1957 en Tunisie, Daniel ZANCA vit et travaille à Martigues et Port de Bouc (13). Peintre et sculpteur, ses travaux profondément Méditerranéens, revisitent un sens du passé pour appréhender un avenir commun incertain. Son œuvre protéiforme et riche induit une démarche passionnante. De sa relation avec la mer, il tire tout un travail autour des grands mythes, des voyages et des personnages dont le destin fut marin. Sa quête d’absolu lui fait garder au fond des yeux ce regard d’enfant curieux de l’autre et de l’ailleurs. Brel, Gauguin qui ont été capables pour cette même quête de tout quitter, le fascinent, mais aussi les grands explorateurs, Colomb, La Pérouse… Il évoque dans ses toiles des horizons lointains, des continents vierges. Les bois flottés, porteurs de la trace de l’homme, vestiges de la civilisation donnent naissances à des héros perdus et des guerriers implacables. Enfin, ses sculptures immergées en mer donnent vie à une histoire issue des grands mythes où la nature a le dernier mot…


Artiste multiforme polyvalent, ZANCA, ne cesse de rechercher des matières nouvelles, des supports nouveaux, afin de mieux exprimer l’essence, l’épure de notre monde. Curieux de tout, il participe, outre ses expos personnelles en galerie, à des recherches sur le design, sur la sculpture, en immergeant ses propres travaux au fond des mers, et sur la peinture qu’il nomme " la peinture effacée ". Il travaille dans son propre atelier sur PORT DE BOUC . 


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                    MONOGRAPHIE  "EPPUR SI MUOVE..."  du 12 JUILLET  au 31 AOUT 2017



 
 DANIEL  ZANCA
 Peintre Sculpteur Designer   

                                                    
 L’œuvre de l’artiste méditerranéen  continue d’osciller entre Art et Science. Elle propose,  quelque soit  le support choisi, d’explorer  les thématiques du temps, de la mémoire, de l’espace dans lequel nous voyageons et de la nature si complexe, mystérieusement hostile et si revivifiante parfois. Cette recherche constante chez ZANCA, induit une façon très particulière de donner sens  à sa production  si riche, si diversifiée. Son œuvre désormais  inclassable, hors modes, hors monde, continue de nous questionner sur le sens de la vie et nous interpelle avec sérénité, parfois avec humour sur notre destinée incertaine, nous éclaire sur  le vide sidéral qui envahit notre modernité et notre société de communication et in fine nous amène à réfléchir du point de vue philosophique sur ce bref voyage qu’est la vie. Contempler l’œuvre de DANIEL ZANCA est un rare moment de "zénitude" sensible où l’émotion, si soudaine parfois, nous gagne et nous submerge comme la vague.

Daniel ZANCA – "Eppur si muove…"
Monographie d’été - Exposition Chapelle St Sulpice
Peintures – Sculptures – Objets – Installation - Photographies



L‘ EXPOSITION A SAINT-SULPICE
Eppur si muove…

Les éléments clefs de l ‘exposition sont le Temps, l’Espace et la Nature. Evidemment les trois rubriques sont imbriquées.  On les retrouvera  le soir du vernissage dans cet espace que représente ce lieu chargé d’histoires…. Ce laps de temps que le public présent  ( la nature humaine) s’accordera de consacrer à l’exposition définit ce que l’artiste nomme " la vie curieuse " qui s’imprime en nous. Dès que les trois "ingrédients" sont réunis, la vie est  définie et charge notre mémoire  de ce que chacun de nous capte, en toute liberté.
Il s’agira ici de faire prendre conscience au regardeur, en posant la question du  sens de la vie, de notre relation au temps, à l’espace et  à la nature  et  non  d’interpréter notre humanité commune, ce que l’artiste a déjà évoqué dans ses expositions antérieures.

LE TEMPS
 Je le  ressens comme mémoire  et tentative de fixité. La revanche de l’homme  face à son flux et reflux. On s'attache aux objets, aux personnes, aux amis, mais rien  ne dure. J’éprouve comme une lente dispersion des choses, des êtres. Dans mes expositions passées, ("Qu'avons-nous fait de nos possibles ?" et "Où allons-nous ?").  Je l'ai capturé dans les concrétions marines, dans la rouille .
Aujourd'hui,  il s'agit  de montrer le cheminement  dans le Temps, des piliers repères intemporels des sentiments  ressentis et vécus, ceux qui sont éternels et qui déterminent le sens de la vie.
   "Les temps changent " 2017
 
L’ESPACE                                     
Je le propose comme une nouvelle manière de recommencer autrement. C’est  le voyage  possible, à nouveau, chargés que nous sommes de cette revanche de l’homme face au flux du présent, appelée la mémoire. Tout recommencer comme Robinson, avec l’intime conviction et la curiosité d’un nouveau  monde, comme Colomb, laissant le corps inerte (voir la "Scène antique") "Scène antique" 2017
Cette œuvre sert de lien entre le temps et l’espace
 
 
 
LA NATURE
Pas question ici de biodiversité ou d’écologie.  Je suis observateur et  je constate ce qu’elle provoque en nous. Je la vois plutôt  nature féminine, nature animale (félin,  oursins, la graine, les galets.... l'œuf constituant l'origine). Chaque élément observé, ressenti  me renvoie  à une mémoire d'attraction ou de rejet, tantôt accueillante, tantôt hostile. C'est quoi  cette nature qui finit toujours par vaincre ? Comment l’appréhender ? 
  "Ce jour-là, même les nuages tombaient…"2015
 

 
 
Quelques  titres des œuvres :

 Dans la rubrique La Nature: La vague,  Les pieds sur Terre  (sculpture) , L'œuf ou la  poêle, La goutte, Terra incognita, Nessuno salvo l'ulivo  (personne, sauf l'olivier ), Troubles moments, ….

 Dans la rubrique le Temps:  les temps changent , Ulysse, Scène Antique, La sirène tentatrice, Les amphores acoustiques, ATEMPUS , Les amphores, Objets désuets, Le jugement , Prothetic cat,
 Ce jour- là, même les nuages tombaient …

 Dans la rubrique L'Espace: Empreinte lunaire, Les missions spatiales, Mars collection : ONE, TWO, THREE, L'homme de Mars, Meteora…

VOYAGE EN ITALIE

En 2013, Daniel ZANCA constate que ses contemporains, "....sans l’ombre d’un doute, continuent d’avancer aveugles sur les chemins de la vie, sans savoir en vérité ce qui les attend. Il décide, alors,  de se confronter à sa culture originelle.
"Voyage en Italie" est un recueil d’écrits et de dessins, le fruit de sa réflexion sur le sens de la vie.

 
Dans l’exposition  se trouvera  une alcôve abritant le « Voyage en Italie »  avec son livre en édition  que j’ai réalisé en 2013/2014. Retournant à mes bifurcations d’origine,  cela  m’a aidé à comprendre la transformation douloureuse qu’il me fallait affronter.
J’ai  ainsi  ajouté :" L’Art, serait une expression de ces attitudes exploratoires qui rendent compte de ce que nous appelons réalité. Chaque endroit où nous sommes passés, chaque objet que nous avons touché est un repère, un bloc intemporel de la sensation vécue. Il en va aussi de l’amour, de la jeunesse, de la poésie, de la nostalgie, de la disparition… Je signe pour recommencer la même trajectoire sans complexes, mais je sais, aujourd’hui, où sont les écueils et où se trouve l’origine."



Entretien avec Vladimir BIAGGI, philosophe:

C’est un de mes nombreux entretiens avec Daniel Zanca. Il se montre comme à l’accoutumée rayonnant et volubile. Peut-être préférera-t-il enthousiaste...Je risque une question dont je sens la faiblesse et les limites. Elle touche aux influences reçues ou subies par un artiste. Et pourquoi pas emprise, ascendant, voire mainmise  ? Question si souvent formulée à propos des peintres ou des poètes. Les lectures heureuses, les rencontres favorables dévoileraient la vérité d’une œuvre, en livreraient comme la clef ! La réponse de Daniel montre bien qu’il convient de revisiter cette question en parlant plutôt d’empreintes que d’emprunts, non d’influences mais de présences. J’attends les noms de maîtres incontestés qui ont déposé leur nom au panthéon des créateurs  ! Daniel me confie deux grands initiateurs  : Robinson Crusoé et Christophe Colomb, dont j’ignorais tout du génie pictural ! Un personnage de roman devenu légende et un navigateur légendaire à la vie romanesque  ! Je ne le pique pas davantage mais je pense trouver dans la suite de notre conversation les germes d’une explication. Le propos devient grave voire - risquons un gros mot – métaphysique.
 La volonté de l’artiste, telle que Daniel Zanca la traduit, consiste à fixer le temps. Bien d’autres l’ont dit avant lui, et c’est même l’un des lieux communs de la poésie, de Ronsard à Apollinaire. Mais drôle de mot que fixer. On peut l’entendre dans le sens d’arrêter, tentative pour figer ce qui est fluide, insaisissable voire impensable. Mais il peut se comprendre aussi comme l’acte de regarder en face, sans crainte aucune. Forme de la contemplation. Le temps fixé se dérobe et s’abandonne au regard et à la mémoire de l’artiste. Conscient du  flux et du reflux des choses, s'attachant aux objets, aux personnes, il sait bien que rien ne dure. Naguère, la lente dispersion des choses, des êtres,  était comme capturée dans des concrétions marines, dans la rouille à l’ouvrage des expositions passées. Art de rouiller les pistes ! Aujourd'hui, il s'agit de montrer une façon de cheminer dans le temps avec des piliers érigés en repères  : "Les temps changent". Le sens de la vie se résume à ce cheminement. Daniel me dit très clairement que l’Art, serait une expression de ces attitudes exploratoires qui rendent compte de ce que nous appelons réalité. Chaque endroit où nous sommes passés, chaque objet que nous avons touché, est un repère, un bloc intemporel de la sensation vécue. La fuite du temps s’inscrit bien dans des espaces. Robinson dans son île gravait de la durée dans le bois et la pierre pour échapper à la solitude et rompre la folie. L’espace de Daniel Zanca n’est pas clôture et isolement mais large ouverture  : il rend le voyage et le rêve possibles avec la certitude au bout du vaisseau de Colomb (et du pinceau de Daniel) qu’un nouveau monde est à espérer. Ce monde neuf, toujours recommencé, Daniel le met en œuvre en retrouvant la force de la nature dans la femme, l’animal, l’œuf, le galet ou la graine. Comment cueillir ou accueillir cette nature féconde et hostile  ? Le sens réside dans le parcours et dans chacune des pauses qui le jalonnent  : "Ce jour-là, même les nuages tombaient " ; "La vague " ;" Les pieds sur terre " ; L’œuf ou la pôele  ; La goutte  ; Terra incognita (encéphale); Nessuno ,salvo l'ulivo; Troubles moments  etc. Les pistes que découvre Daniel dans (et avec) son œuvre ne nous offrent nullement des clefs et le parcours auquel nous sommes invités est bien souvent déroutant, au sens strict du mot.
               Et pourtant ...??? !                                                                                                                                                
 Nature, Espace et Temps sont des manières de décliner le mystère de la vie et l’énigme du monde, comme Gauguin le fit dans son œuvre testamentaire D’où venons-nous  ? Que sommes-nous  ? Où allons-nous  ? Mais ici le mystère est révélé en pleine lumière. Pour le comprendre, il suffit de se perdre un moment dans le parcours auquel nous invite l’œuvre  de Daniel Zanca. Un illustre précurseur, posant le pied sur une terre inconnue  avait cru découvrir la route des Indes  !
©2017 Vladimir Biaggi



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 MAI 2010
 Au Musée GRANET  et au LYCEE VAUVENARGUES à AIX EN PROVENCE
  CONFERENCES DE L'ARTISTE DANIEL ZANCA " ARTISTE : MODE D'EMPLOI "


1. Qu'est-ce qu'un artiste?
2. A quoi sert l'artiste dans notre société?
3. Comment devient-on un artiste?
4. Thématique de l'artiste
5. Conclusion






1.Qu'est-ce qu'un Artiste?
 
Selon GILLES DELEUZE, les artistes sont des êtres qui ont vu dans la vie quelque chose de trop grand pour quiconque et pour eux et qui a posé la marque discrète de la mort ; l'artiste serait un devenant, un être qui s'adresse à un peuple à venir...

L'artiste voit la vie dans le vivant, et le vivant dans le vécu.


La dernière création de Paul Gauguin ( ° 7 juin 1848 - † 8 mai 1903) questionne l'homme comme un rappel au sens de l'art et de la vie. «D'où venons-nous? Que sommes-nous? Où allons-nous?» L'artiste pose en permanence ces questions comme le sens de l'origine à retrouver dans tous nos actes.
Tant que l'homme n'aura de réponse à ces questions ,il y aura des artistes, cultivant le sensible (ce que je vois ), les blocs de percept (ce que je sais), et les blocs d'affect (ce qui me touche ,me trouble).

L'artiste transforme son matériau, en ces 3 états, pour rendre compte de ces perceptions, en dehors de la vie vécue et de l'intensité de l'excès de sens.

Peindre, écrire, ce n'est pas faire une image ou raconter ses souvenirs, ses rêves,mais, c'est un processus de passage de vie qui traverse le vivable et le vécu.

L' artiste prélève des éléments épars, les dispose dans des espaces temps différents, ce qui les préserve de l'oubli et du néant, en attendant d'être reconnus par le «pensé» à venir...

Comme un galet que l'on ramasse au bord de l'eau et que l'on pose sur une étagère chez soi,  il est dans un autre espace et ne se dégrade plus de la même façon.



2. A quoi sert l'artiste dans notre société?


Il nous révèle la variété des mondes existants ou en devenir.

Il nous précise que ce que nous voyons est relatif et ne constitue pas qu'une seule réalité.

Il nous renseigne sur le rapport permanent entre l'intime conviction, l'intuition initiale et le destin commun de l'humanité.

Il est expérimentateur, il est «l'observateur» dans la théorie de la relativité, d'un aller-retour permanent.


Volonté, pugnacité, et abstraction au monde sont les moyens qu'il utilise pour arriver à créer, il nous indique l'état de notre relation à l'autre, que l'on ne peut accepter le dérisoire de l'existence, si et seulement si, l'on ne s'arrête qu'aux faits.

Il nous renseigne sur l'intime conviction qui représente l'énergie motrice et nous indique une faculté d'abstraction au réel pour accomplir des actes inventifs.

Considéré dans notre société moderne comme un individu n'ayant pas de prise sur le réel, il est soit «starisé» par les médias, soit précieusement couvé par l'institution et les galeries privées.
Il peut être libre penseur, esprit de contradiction ou carrément emmerdeur.

L'artiste contemporain subit l'influence de la dialectique imposée par Marcel Duchamp en 1912, le dialogue s'étant établi entre l'artiste, le critique et le galeriste, laissant le «peuple» à l'extérieur de la bulle ainsi réalisée, le terme «sans titre» qui indiquait «ce n'est pas ce que je vois qui est le réel» est devenu «ce que vous voyez ne s'explique pas, car vous devez être formé à cela».
Toutes les formes d'expression se revendiquent du domaine de l'art et le moindre acte créatif est considéré comme une œuvre pérenne.

Devant le déferlement de créations, il est fort difficile de concevoir et de repérer des courants modernes de pensées liées à l'art et à notre monde actuel.
Le message est en permanence brouillé par la pauvreté de certaines propositions artistiques élevées au rang de petit bijoux (cf «Impasses et impostures de l'art» de Pierre Sterckx).

Il faut de tout pour faire un monde. Cependant, en l'occurrence, il faut bien comprendre qu'il ne s'agit que de communication destinée à distraire, à occuper les esprits et à canaliser les flux d'investissements de multinationales ( les salles de ventes telles Sotheby's et Christie's appartiennent au même groupe).

Ce qui reste d'une société, c'est l'art.

Dans 10 000 ans, une équipe d'archéologues découvrant une machine à laver surmontée d'un coffre fort, un tabouret surmonté d'une roue de vélo et un avant bras en marbre ou en bronze, dans un désert de sable, considérera fort probablement que ce fragment de bras sculpté est une œuvre d'art.

Nous ne sommes plus dans les processus de création décrits plus haut, reste que, pour bon nombre d'artistes, cette tentation de créer de l'évènementiel pour être dans le coup à tout prix, conduit à des voies de garage immédiatement visibles par la pauvreté de la proposition artistique.




3.Comment devient-on un artiste?


Nous sommes tous à la recherche du regard de l'autre dès notre enfance. On existe que par le regard de l'autre, on recherche l'amour mais l'on nous a oublié ne serait-ce que quelques secondes , d'où notre besoin d'amour et cette quête incessante qui guide nos pas.
La notion de l'oubli est le moteur de l'artiste.
Cependant l'artiste est en train de créer, un cadeau, en somme, pour l'offrir, comme un accomplissement de sa vie. En créant, il a découvert toutes les possibilités que son intention, sa dextérité, ses associations cognitives, allaient lui apporter comme présence au monde.

Il sait qu'il pourra exploiter, enrichir, découvrir tous ces territoires vierges pour lui mais dont il a eu conscience de l'existence.
Il a entrouvert les portes d'un immense territoire qu'il devra explorer.
C'est le vécu dans la vie! Sauf que, il a été lui aussi oublié, et non seulement oublié, mais personne n'a reçu son cadeau, sa création, sa présence sensible au travers de la matière.

La seule possibilité qu'il a, sera d'explorer, de manière cyclique, ces territoires entrevus, et de revenir à la recherche de l'image de soi-même.
Donc l'artiste est notre miroir, en ce sens, qu'il nous rappelle notre condition d'«oublié» , mais nous indique également la présence de mondes ailleurs à explorer.

La création se fait donc à partir du vide intérieur et du manque d'image de soi.

Le peintre va donc traverser sa vie en rendant des surfaces transparentes (son image) complètement opaques (son désir d'origine); et cela de manière à recommencer cycliquement afin de se retrouver au carrefour de la rencontre avec celui ou celle qui verra l'objet du désir d'être.
C'est pour cela qu'il y a pour chacun d'entre nous un lieu, un être, une œuvre.

L'ego de l'artiste n'est que la représentation de ce qui pourrait le ramener à l'origine des choses afin d'être repéré.
Il en joue comme de la séduction,  comme un rappel de ses conditions d'origine.
Il met le doigt là où cela fait mal, comme un enfant innocent posant «la question» afin de réparer la nature de l'oubli originel.

La relation à l'œuvre, son estimation, son prix ne sont pas les préoccupations de l'artiste.
Il crée, sans qu'on le lui demande, un monde personnel, dont il a du mal à évaluer la valeur vénale, car pour lui, il y a la notion de cadeau et donc de gratuité.

Troublant constat de notre époque, compte tenu du statut de l'artisan devenant artiste dans la Renaissance.
En effet, les artistes de la Renaissance gagnent leur liberté en refusant le statut d'artisan. Ils imposent ainsi auprès des grandes familles florentines, une vision de la pratique de l'art qui met en jeux le côté visionnaire de l'acte de créer. Ce ne sont ainsi plus de savants bricoleurs du beau, leur personnalité, leurs exigences fascinent.
Aujourd'hui, moins de 3% des artistes les plus en vogue, réalisent leurs propres œuvres. Ils sont devenus de véritable chefs d'entreprise subissant les aléas du marché (cf: Jeff Koons a licencié plus de 400 personnes  lors de la récente crise économique aux USA 2008).


4. La thématique de l'artiste


Ici ,en l'occurrence , nous parlerons du travail de Daniel Zanca, et en particulier de la thématique qu'il expérimente depuis plusieurs années: le thème de la "Traversée".
Tout ce qui dérive, tout ce qui flotte, tout ce qui disparaît sous la surface de la mer intéresse l'artiste au plus haut point.

Qu'est ce qui nous conduit d'un point à un autre, tout au long d'une vie ?

Quel est le moteur qui pousse l'humain à consacrer sa vie durant, au projet fou, de découvrir de nouveaux mondes, de créer, de transformer, de tout quitter, parfois même à contre courant de son époque.

Ce qui reste de la peinture aujourd'hui est une écaille, elle flotte à la dérive mais elle nous raconte son propre voyage fait d'espoirs, de préparatifs, de doutes, et d'antagonismes. Elle nous révèle, sous la forme de grands espaces, nos liens avec les mondes ressentis et encore inexplorés.
Elle nous donne à partir, pour revenir riches de sensations. Elle nous donne à sentir le sens de l'existence.

La sculpture est immergée, elle prend le «temps», elle se l'incruste comme pour mieux nous le montrer à nu!

Exemple d'immersion:

Daniel Zanca, immersion de Vénus dans le Rhône


"Quand je découvre, je crée un vide à combler."
"L'artiste s'adresse à un peuple à venir." G. Deleuze

Daniel Zanca se propose d'immerger une sculpture de la déesse "Vénus" réalisée en terre cuite, selon le principe de sa démarche artistique, avec l'aide des plongeurs archéologues et caméramans de l'équipe de Luc Long et du DRASMM, récents découvreurs dans les eaux de la rive droite du Rhône du buste de César, d'une statue de Neptune et d'une sculpture de Vénus.
Zanca est, on le sait, fasciné par l'archéologie sous-marine et a intégré dans sa propre démarche d'artiste contemporain, cette thématique de l'immersion.
Il a en effet, au cours de ces 20 dernières années, immergé volontairement quelques unes de ses propres sculptures qu'il remonte parfois des fonds marins afin de les présenter au public.
Pourquoi immerger des sculptures ? Quel sens doit-on donner à cette action ?
Pour Zanca, l'immersion d'une sculpture ouvre les domaines du possible, une accélération du temps, de la dégradation, de l'érosion, voire même de l'absence, de la disparition.
Perdre, afin de mieux retrouver, afin de découvrir un autre monde, une autre image.
Ainsi, c'est la nature qui reprend le dessus, "c'est elle, dit-il, qui travaille pour moi".
Cette immersion nous replace à notre dimension, avec humilité, elle nous rappelle qu'au-delà de nous, le temps continue de se dérouler, l'œuvre se transforme, le flux est permanent.
L'acte de couler n'est donc pas anodin.
Il révèle un monde à redécouvrir, à réinterpréter, comme si d'une certaine manière, ce que nous pensons, ce que nous voyons, ce que nous croyons posséder au quotidien, ne serait pas le seul des réels possibles !
Pourquoi immerger dans le Rhône ?
A l'endroit même où ont été découverts récemment ces vestiges romains vieux de 2000 ans et dont nous devons reconstituer le puzzle historique, à présent et comme à l'accoutumée, face à de telles découvertes.
Il y a un fait, c'est que là où les archéologues sous-marins remontent du fond ces œuvres romaines, Zanca, a contrario, immerge des sculptures. Il semble vouloir combler le vide, l'absence de l'espoir de découvrir un nouveau trésor. Il projette dans l'avenir un possible à révéler, à remonter du fond.
Le travail des archéologues est un long et pénible travail, à la fois dans l'organisation des fouilles et dans la reconstitution des évènements historiques. Un lent et minutieux travail qui fait penser à cette lente gestation des œuvres de l'art, en général, et de l'activité artistique en particulier.
En immergeant une sculpture de Vénus, la déesse de l'amour, dont on ne connaît pas les origines puisqu'elle est créée en 2009, Daniel Zanca, rend hommage au travail de toute l'équipe de la DRASMM et à Luc Long. Il comble le vide laissé par leurs découvertes et se garde du temps pour remonter son œuvre.
"Ma rencontre avec Luc Long est très marquante, car elle me permet de constater que l'on ne sort pas indemne de la découverte d'un trésor aussi fabuleux. A moi, l'artiste, de replacer un possible dans ce contexte, c'est à dire, à moi, l'artiste, incombe la tâche de marquer ce territoire remonté des temps oubliés.
En définitive, ce n'est pas une œuvre de mon égo que j' immerge, je m'en remets au fond du Rhône, je révèle l'emplacement de l'empreinte à jamais désormais produite par la Vénus, le Neptune, ainsi que le plus beau buste de «César» découverts et remontés des fonds."



5. Conclusion


Tout être recherche l'amour et la reconnaissance. L'artiste, oublié dès sa première création, a l'intuition du sens et de l'orientation à prendre, mais il est en manque de corps, de réel. Il ne recherche pas que l'amour et la reconnaissance mais surtout un corps opaque qui lui permet de franchir les frontières, de traverser les mondes entrevus.

Comme les hommes ayant foulé la lune, comme les explorateurs et les découvreurs des temps passés, s'aventurer dans le vide de la connaissance est le moteur de l'humanité tant que la question fondamentale existentielle ne trouve de réponse adaptée.

Dans ce contexte, l'artiste, seul sur le chemin de l'oubli , du non vu, crée, à partir de ce vide, des mondes possibles et adresse leur présence sensible, à un peuple en devenir.

Seule la connaissance de la puissance de l'intime conviction, la gestion de l'effacement, de la solitude, de l'oubli de l'image de soi permettront de mieux appréhender l'œuvre d'un artiste.

L'art est un cadeau oublié, une offrande, un trésor non découvert gisant au fond d'une planète non encore explorée.


BIBLIOGRAPHIE :
Pierre STERCKX , art contemporain :impasses et impostures .
Philippe MENGUE, De l'affect sans pathos à la figure sans visage (notes).
Gilles DELEUZE, Qu'est ce que la philosophie EDITION de MINUIT.
Daniel DEFOE, Robinson Crusoé
INFLUENCES ARTISTIQUES école de Pont aven, abstraction, surréalisme, land art
Marcel DUCHAMP, Yves KLEIN, Paul GAUGUIN,
ALBERTO GIACOMETTI, Han s ARP, Sculptures Océanie, MOAÏ, ile de Pâques, CRISTO
ROBERT SMITHSON, SPIRAL JETTY
FILMOGRAPHIES:
S .KUBRICK, 2001 Odyssée de l'espace
RIDLEY SCOTT, Blade runner
1492 Cristobal COLOMB …...... 


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2005 - THEMATIQUES de l'exposition à ISTRES  " Qu'avons-nous fait de nos possibles ? " 
 
                                     1 :  Histoire
                                       2 :  Légendes
                                       3 :  Questionnements sous influences ( ex : idéologie politique, social, culturel environnemental )
                                       4 :  Les vécus et les nostalgies communes revisitées par l'artiste la question essentielle qui domine l’ensemble 


                                 
 Ces 5 pôles se sont imposés à moi au travers de l'analyse de mes relations à l'autre, et de la relecture de mes derniers travaux. 


  POLE 1, HISTOIRE : 

                                 GALILEO  une toile qui repose la question des découvertes scientifiques et astronomiques avec en filigrane la découverte                                                                  du nouveau monde; L'autre en somme, que gardons-nous de ce choc et à quel prix ?
                                 CHEF GUANAHANI  qui retrace le choc de la rencontre avec Colomb mais cette fois vu par le primitif et non par                                                                                            l'occident.                                                                  
                                 MINIUM  qui revisite le thème de la femme dans l'histoire de l'art et qui s'effrite inéluctablement pour laisser une nouvelle                                                               place à l'interprétation
                                 DECOUVERTE DE L ILE DE PAQUES  découverte ce même jour, nombril du monde, choc intense de la perte de l'insularité et                                                                                                   de l'anonymat, point d'isolement et rupture totale avec la modernité
                                 BARBARE  en nous l'animal, le côté obscur.  

 
 POLE 2 :   LES LEGENDES   : 

                                 ROBINSON CRUSOE  toile verticale, survie imposée et organisation du travail à revisiter            
                                 VENDREDI  sculpture du primitif esclave, sauvé asservi, assoiffé de connaissance, l'enfance de l'homme? 
                                 FIGURES DE PROUES, au nombre de 3, elles entretiennent les rituels légendaires, les peurs et les superstitions liées aux                                                                                   grands fonds



 POLE 3 : LES QUESTIONS ET INFLUENCES : 

                                  CCCP  question politique sculpture en fibre de verre rouillée portant ce titre CCCP .... Où en sont nos idéaux                                                          politiques?
                                  L'ENFANCE ROUILLEE  le religieux en nous, où en sommes-nous?
                                  COUPER LES AILES     sculpture traitant de l’impossibilité de l’Afrique de prendre son envol
                                  POSEIDON. LA VIGIE. RODRIGO BORGIA est un ensemble de sculpture immergée, qui pose la question environnementale,                                                                                                             la nature finissant le travail et remettant l’humain dans une plus juste place


 POLE 4 : LES VECUS ET LES NOSTALGIES :

                                             MEMOIRE DES ILES
                                              LA BAIE ROBINSON
                                              LA JARRE
                                              LES CAVALIERS SUR LA PLAGE
                                              VENUS PAYSAGE
                                              LES SAISONS DE LA MER
                                              NOSTALGIA
                                              MINIUM        
                                              LA FEMME ET L'AMPHORE


Il s’agit là, d’un ensemble de toiles qui paraissent en adéquation avec le thème du souvenir, des réminiscences du passé, une interprétation plus nostalgique des devenirs, que nous avons écartés de nos propres trajectoires. Ma peinture apparaît plus empreinte de cet état, le temps est passé et moi, pour découvrir du nouveau, je dois me rappeler ce qui nous a émerveillés, fascinés, enthousiasmés. C’est en somme une lente digestion des pôles qui me tiennent sous influences. J’y rajoute des références filmographiques et sonores du type:
les films:
 2001 Odyssée de l’espace de Kubrick
 Le mépris de Godard
 20 000 lieues sous les mers
et les musiques ayant baigné notre adolescence:
The Dark Side of the Moon des PINK FLOYD qui traite de l’empathie
THE WALL  qui traite de la mise à distance vis à vis de l’autre sous la forme d’un mur qui continue de nous séparer dès que l’on poursuit une forme de liberté et que l’on refuse de se fondre…
Le  Requiem de Mozart ou le Divin dans la création et cette quête de la transcendance au travers de l’œuvre, quel qu’en soit le prix à payer.




POLE 5 :  LA QUESTION DU FONDAMENTAL :

                                             OURSIN FOSSILE GEANT sculpture
                                             SIDERAL ICTHEOS peinture
                                             ALTITUDE 10 000 peinture
                                             BLUE ORBITAL VISION peinture

   L’ensemble de ces toiles, sont de nature plus spatiale et sidérale comme pour appuyer une question plus profonde, résultat des vécus et des pôles antérieurs ; la sculpture de l’oursin est aussi sonore, on pourra y écouter un souffle humain en son cœur, s’y on prend le temps de s’y arrêter, ce souffle est issu du film 2001 Odyssée de l’espace, au moment où le dernier pilote survivant débranche l’ordinateur AL, qui veut être la seule forme intelligente à acquérir la connaissance totale, le Pourquoi. Je n’ai pas sculpté cet oursin en référence au monde marin, mais parce qu’on ne tient jamais vraiment un oursin dans sa main, vivant, les pointes acérées nous en empêchent, et une fois vidé et donc mort, la fragilité de sa coquille nous en empêche encore, un peu comme notre vie, notre relation à l’autre, à tous les biens de la planète, à notre enfance, à notre jeunesse. Il manquait un élément humain pour le propos, j’ai donc choisi parmi des éléments qui ont marqué notre génération, un extrait sonore d’un film mythique. L’ensemble du pôle 5 ne pose pas une fois de plus la question existentielle, celle de Gauguin, mais propose une réflexion sur le thème : qu’avons-nous fait de nos possibles ? en questionnant nos influences et l’interprétation des événements contemporains, les relectures du monde et nos émerveillements premiers, qu’allons-nous faire de ces bagages chargés de connaissance ? sachant que l’on ne tient jamais vraiment, ni l’autre, ni le monde, ni le temps.


Une composition musicale que j’enregistre en ce moment, sera diffusée dans cette chapelle du 11ème siècle et 8 œuvres porteront un son particulier issu de l’ensemble, pour parfaire une lecture plus intimiste de l’exposition

Voici comment j’essaie de structurer ce travail en gestation, puisque je continue de produire. L’idée de l’expo ne propose pas comme d’habitude, un retour de voyage et de contrées lointaines où chaque élément est soit lié aux rituels, soit des fragments archeos, soit un ensemble hétéroclite, où l’on a du mal à choisir entre l’œuvre d’art, l’ex voto, la relique, l’archeo etc.….. Je ne peux que faire partager aujourd’hui l’idée que mon travail, en dehors du temps et de notre époque (la peinture), dans un atelier qui est devenu mon île, où il est bon d’organiser le travail, la survie, à grands coups de souvenirs, d’influences et de matériaux de bases, et bien ce travail, cette expérience de survie, de ce que certains nomment «  acte courageux », sont considérés comme irréversiblement perdus, comme un bien commun que l’on essaie de gommer définitivement pour éviter une désillusion. Du coup je me sens, moi « l’artiste », comme ce naufragé que l’on ramène à la civilisation, et dont tout le monde a fait le deuil désormais. Ce constat ou plutôt climat, est intéressant pour moi, car, je ne fais que passer pour retourner à cette quête sur mon île, il faut continuer à chercher, à construire, sur les acquis, les légendes, l’histoire commune. Qu’est-ce que je garde,? qu’est_ce que je jette ?! Comment je réinvente le monde ?
Et lorsque je reviens à la civilisation, je ne pose pas une question existentielle, mais plutôt la question du lien à l’autre. Quel est ce choc des retrouvailles en chacun de nous, de ce choc du retour au nombre, s’il n’y a plus d’attente ? Qu’avons-nous à espérer pour chacun d’entre nous si l’expérience de l’autre ne sert pas de catalyseur pour nos propres devenirs ?
Ma peinture est nostalgique de nos ambitions et projets de jeunesse, jetés en l’air, en « Altitude » avec fougue et détermination. Sans oublier les influences communes culturelles politiques et sociales qui ont construit nos territoires. Le naufragé, l’insulaire, pose la question du moi, du toi, car la nostalgie nous est commune, elle émerge dans l’isolement et se fait plus vraie dans l’insularité.
Gommer les possibles, n’est pas survivre. Pour trouver, il faut se rappeler, recommencer autrement. On se construit, à travers le souvenir de notre réalité….. « l’autre est là, pour nous permettre de frôler l’Espace nous séparant de la connaissance » renforçant ainsi, notre quête de la singularité (astronomie : voir les trous noirs).


A SUIVRE…..